Coroner |
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Les années 80 auront été marquées par le Thrash Metal; cette excroissance difforme, sur-dimensionnée et monstrueuse du Heavy Metal. D'un côté, la Bay Area de San Francisco donne naissance à des groupes comme Metallica, Megadeth et Slayer qui serviront à établir les piliers du style que sont la vitesse, la technicité et l'agressivité. D'un autre côté, les allemands que sont Kreator, Sodom et autres Destruction forgent d'autres aspects de ce genre en lui associant une thématique de l'horreur et de l'occultisme encore plus intense. Très peu de groupe réussiront par la suite à faire réellement évoluer ce style. On peut, bien entendu, penser au divin Pantera; mais ici il ne s'agit pas encore de ce phénomène. D'ailleurs, je vous propose de nous éloigner du Texas pour aller faire un petit tour en Suisse.
A Zurich, Coroner apparaît aux côtés du célèbre groupe Celtic Frost dont ils seront les roadies à une certaine époque. Le groupe est formé de trois membres : la bassiste/chanteur Ron Royce, le batteur/parolier Marquis Marky et le guitariste/"sorcier" Tommy T. Baron. Un power trio jouant du Thrash Metal serait déjà quelque chose d'atypique. Mais la particularité de Coroner est loin de s'arrêter à ce simple constat.
Coroner, c'est d'abord la rencontre entre deux musiciens aux talents immenses (Tommy T. Baron et Ron Royce) et un cerveau plein d'idées nouvelles (Marky Marquis). Ensemble, ils se lancent tout d'abord dans un style de Thrash Metal aux influences néo-classiques plus que prononcées ("R.I.P." et "Punishment for Decadence"). Celles-ci sont directement issues du jeu exceptionnel de Tommy T. Baron dont la technicité n'a d'égale que le l'agressivité. Les instrumentaux "Nosferatu" ou "Arc-Lite" sont tout à fait représentatifs de ce vent frais que vient apporter le jeu du guitariste dans le monde du Thrash. Tommy joue vite, clean et mélodique ce qui est caractéristique d'un "shredder" des années 80 et ce qu'il semble complètement assumer. Cette technicité est soutenue par le jeu de basse tout aussi technique de Ron Royce qui crée un pont très solide entre la guitare et la batterie de Marquis Marky qui n'a rien à envier à celle des meilleurs groupes de Thrash de l'époque. Que dire de cette voix sortie de nulle part? Écorchée, elle déplaira à beaucoup de profanes et rappellera le chant caractéristique du Death Metal qui n'en est encore qu'à ses premier balbutiements lorsque Coroner forge sont style. Mais au fil des écoutes de chacun des albums, l'auditeur attentif ne pourra qu'admettre l'harmonie évidente de cette voix avec la musique qu'offre le groupe. Marquis Marky ne se contente pas de marteler derrière les fûts; et pour cause, ce dernier s'attelle à l'écriture de l'ensemble des textes et donne au groupe une imagerie assez atypique pour l'époque. Il décide de suivre le chemin de toute une symbolique liée aux aspects sombres de la vie qu'il fera évoluer parallèlement à la musique tout au long de la carrière, hélas éphémère, du groupe. Il est également responsable de l'insertion de bandes sonores très intrigantes (extraits de films fantastiques et d'épouvante principalement) qui seront dispersées dans chaque album. Tout ce "folklore", ajouté à la musique de Coroner, donne un côté "à part" au groupe, comme si l'on avait ici affaire au vilain petit canard du Thrash Metal. Vous l'aurez compris, Coroner ne souhaite entrer dans aucun moule "métallique". Le groupe trace son propre chemin ce qui le mènera à la rencontre du monstre sombre, glacial et indomptable qu'il aura, lui-même, créé involontairement.
Ainsi, dès le troisième albums (No More Color - 1989), on sent qu'il y a quelque chose de neuf dans la musique du groupe. Le duo Royce/Marquis va au-delà des clichés du Thrash. En effet, le travail sur la construction des morceaux gagne énormément en maturité de quoi étonner les groupes de Metal Progressif de l'époque. Sur des titres comme "No Need to be Human", "Read my Scars" ou "Mistress of Deception" le duo Royce/Marquis parvient à alterner des parties rapides caractéristiques de ce style à d'autres constructions rythmiques clairement issues du monde du Jazz. En prenant son élan au beau milieu de cette solide plateforme de marbre, le guitariste Baron commence son décollage flamboyant. Durant tout l'album, son vol du phénix surprend, illumine, foudroie. En effet, ce dernier enchaîne riffs et soli d'un niveau technique inédit possédant la grande qualité de ne pas étouffer l'auditeur dans un éventuel hermétisme musical. Cette rythmique du groupe, sortant des sentiers battus, alliée au jeu de Baron va créer un véritable monstre vivant. Par la suite, ce dernier évoluera en devenant incontrôlable. Dès lors, tout l'art de Coroner consistera à avoir une marge de manoeuvre de plus en plus importante sur cette monstrueuse entité.
La suite ne décevra pas puisque le combo poursuit dans la même direction en éliminant le superflue et en tentant d'être plus direct. Le power trio décide d'aller à l'essentiel sans pour autant faire abstraction du majestueux aspect technique caractérisant sa musique. Sur l'album Mental Vortex (1991), le Thrash est toujours là mais il est plongé dans un bouillon de technique parfaitement dosé par Tommy T. Baron. En effet, les riffs semblent ici être les filons directeurs de la plupart des morceaux. Notons aussi que la production a fait un énorme progrès ce qui fait beaucoup de bien à l'âpreté habituelle du son délivré par la musique du groupe. Le monstre engendré par Coroner, tout en continuant à être dévastateur, est cette fois-ci quasiment maîtrisé. |
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