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Kyuss

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Palm Desert est un petit patelin paisible au sud de la Californie perdu au beau milieu du désert. Le climat y est sec, l'air y est poussiéreux et la chaleur y est suffocante; surtout en été. Vers la fin des années 80, Josh Homme et John Garcia, deux mômes de la région qui s'ennuyaient à mourir, décident de faire de la musique. Ils montent alors un groupe nommé "The Sons of Kyuss" (ils sortiront d'ailleurs un EP éponyme) puis tout simplement "Kyuss", du nom d'un des personnages du célèbre jeu de rôle Dungeons and Dragons. Le leader Homme est un jeune guitariste carburant au Hardcore de l'époque et surtout au Black Sabbath des 70's. Ce dernier facteur sera déterminant comme nous le verrons dans la suite.

La grande idée de ce dernier sera de réunir Kyuss - alors formé de Garcia à la voix, Nick Oliveiri (puis, plus tard, le grand Scott Reeder) à la basse et Brant Björk à la batterie - pour des concerts réguliers en plein milieu du désert. Le groupe se munit de groupes électrogènes et de moteurs pour pouvoir jouer dans le vide entouré de quelques cactus et autres dingos auxquels viendront s'ajouter par la suite quelques aficionados du groupe alors naissant. Puis, il se constituera lors de ces concerts inhabituels, une ambiance propice à la consommation d'alcool et de marijuana. Ces concerts atypiques créeront une véritable proximité entre le groupe et son public. Le choix d'un tel lieu pour jouer du rock aura un très grand impacte sur la musique de Kyuss. La musique jouée par le groupe est à la croisée des chemins du Punk Hardcore, du Rock Psychédélique et surtout du Heavy Metal à la Black Sabbath. En effet, le groupe baigne complètement dans la scène Hardcore de l'époque. Par ailleurs, le guitariste Josh Homme possède un jeu qui fait beaucoup penser aux "errances" caractéristiques du psychédélisme de la fin des années 60 et qui ne sont pas sans rappeler celles de Jerry Garcia, guitariste de Grateful Dead. Mais la particularité du jeu de Homme ne semble pas s'arrêter là. Celui-ci utilise le même artifice que Tony Iommi puisqu'il accorde sa guitare deux tons en dessous de l'accordage standard et ose jouer branché sur un ampli de basse. Le son obtenu à partir de ce double artifice est extrêmement lourd et s'inscrit complètement dans la continuité d’un Master of Reality (troisième album de Sabbath) par exemple. Ajoutez à cette bizarrerie guitaristique une section rythmique ayant la dynamique du punk et le groove de Sabbath ainsi qu'une voix aigue, puissante et hypnotique; vous obtenez alors un nouveau sous-genre du Metal. Le Stoner est né.

Des premiers "jams désertiques" résultera un premier album studio intitulé "Wretch". Riffs ultra-lourds, voix alcoolisée et rythmiques de plomb sont au rendez-vous. Le tout baigne dans une ambiance assez sale voire « garage ». Kyuss semble encore chercher son propre son. Cependant, la marque de fabrique mentionnée plus haut est déjà là: le psychédélisme côtoie sans problème le Heavy pour le plus grand bonheur auditif du nostalgique du son 70's que vous êtes peut-être!

Mais c'est en 1992 que sort le premier chef-d'oeuvre de Kyuss. Blues for The Red Sun n'est pas seulement un album de Stoner, il s'agit d'un véritable voyage psychédélique (Freedom Run) qui vous prend par les tripes pour ne plus vous lâcher pendant un peu plus d'une demi-heure. Plusieurs ambiances très diversifiées sont explorées par le groupe. L'album porte bien son nom car il s'agit réellement d'un "blues" complètement déjanté (Thumb) qu'ose jouer la bande à Josh Homme. En effet, la plupart des riffs sont construits sur des gammes pentatoniques à l'instar des riffs des premiers Sabbath . Mais le groupe va plus loin et joue sans arrêt sur l'outrance au travers des errances bizarres dans lesquels il s'engouffre. Josh Homme nous gratifie même d'un passage acoustique de toute beauté où la mélodie prend enfin le pas sur tout le reste (Capsized). Cet album est la première véritable manifestation du Stoner et si vous aimez ce genre, je ne peux que vous recommander d'y jeter au plus vite une oreille.

A la suite de ce Blues For the Red Sun, Kyuss se lance dans un tout autre projet puisque l'album suivant, Sky Valley, tout en restant un disque de Stoner, propose une structure globale très proche de celle d’un album de rock progressif. Il s'agit d'un effort beaucoup plus ambitieux que l'album précédent. La "Rage Vintage" du Stoner est toujours là mais elle est plus structurée, plus complexe, plus travaillée. On sent que Josh Homme et Brant Björk ont réellement fait un effort afin de soigner les compos. On retrouve donc les gros riffs "Sabbathiques" mais ceux-ci sont entrecoupés de breaks éblouissants d'intelligence. Il faut remarquer que tous les membres du groupe sont loin d'être des techniciens prodigieux mais ils arrivent à faire preuve d'une grande ingéniosité ce qui pourrait faire penser au Pink Floyd de la période Ummagumma. Cette imagination propulsera la musique à des niveaux impensables de feeling. Ainsi l'opus contient un morceau à tiroirs jouissif (Gardenia), un instrumental explosif d'énergie et de mélodie (Asteroïd), la première ballade stoner (Space Cadet) dont l'écoute peut créer une dépendance très forte, une compo finale (Whitewater) où Tony Iommi va jusqu'à côtoyer Jerry Garcia et même John Coltrane. Un véritable chef-d’œuvre je vous dis. Alors rendez-vous à la vallée du ciel. Avertissons tout de même les consommateurs de marijuana pour qui ce voyage pourrait être sans retour... Plus sérieusement, cet album est au Stoner ce que Reign in Blood est au Thrash ou encore ce que Spiritual Healing est au Death... une référence parfaitement incontournable. 

L'album suivant sera le dernier et poursuivra le travail commencé dans Sky Valley. And the Circus Leaves Town est un album plus mûr puisque plus varié. Certes, la marque de fabrique Sabbath/psyché est toujours là mais elle est cette fois-ci associée à quelques sonorités latines et accords reggae plongés dans cette vision du progressif si propre à Kyuss. L'opus s'achève d'ailleurs sur l'excellent Space Landing qui dépasse les 10 minutes et permet enfin d'assumer la liaison entre Stoner et Progressif. Bref, vous l'aurez compris, le dernier effort est magistral. Même s'il n'est pas aussi essentiel que Sky Valley, il mérite largement le détour. 

Durant sa courte existence, le groupe ne connaîtra jamais un véritable succès commercial. Malgré la tournée avec Metallica en 1993, Kyuss demeurera confiné au statut de groupe culte. Voilà pourquoi je vous en parle d'ailleurs! Josh Homme dissout le groupe vers la fin de 1995. Sa raison: "Pour sauver Kyuss, il fallait le détruire.". Allez comprendre... Plus tard, Homme ira fonder avec Nick Oliveiri Queens of The Stone Age, groupe qui aura un énorme succès commercial même si sa musique n'arrive pas à la cheville de celle de Kyuss. 

Le Stoner est, à mon humble avis, un mouvement qui rend tout d'abord un immense hommage à la musique des années 70 de Black Sabbath; comme s'il fallait rappeler au monde l'importance de la musique de ce groupe et l'impact que celle-ci aura eu sur tous les groupes plus ou moins typés "Metal". Kyuss aura donc servi à jouer le rôle du premier groupe rendant un hommage aussi intense à Sabbath (citons néanmoins aussi l'autre pionnier du Stoner qu'est le groupe Sleep que je vous invite vivement à découvrir). Et puis, vous savez quoi? J'ai toujours l'impression d'arriver à la même conclusion en matière de Metal: Black Sabbath aurait tout inventé en cinq albums. Difficile de s'en convaincre, hein? C'est pourtant flagrant lorsqu'on en arrive à la 1000 ème écoute de Master of Reality, Volume 4 ou Sabbath Bloody Sabbath par exemple. J'espère qu'en découvrant Kyuss vous aurez l'irrésistible envie de retourner "headbanguer" au son des premiers Sabbath. Quant à moi, je crois que je vais aller m'écouter un petit "Into the Void"(*)!

 

(*): Dernier titre de Master of Reality que Kyuss reprendra en lui donnant un léger côté funk fort sympathique...


ImageDOSSIER RÉALISÉ PAR: ISMAEL EL ALAOUI

 

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