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DEATH "Individual Thought Patterns"

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Death

ARTISTE: DEATH

ALBUM: INDIVIDUAL THOUGHT PATTERNS

LABEL: RELATIVITY RECORDS

PAYS: USA

STYLE: DEATH METAL TECHNIQUE

ANNÉE: 1993

DURÉE:  40: 00 MINUTES

NOTE: 10


    Le crépuscule tombe. Il fait presque nuit. L'air est lourd; l'humidité et la chaleur pèsent sur tous les pores de votre peau. Vous avez soif alors vous vous arrêtez devant ce que vous pensez être une petite étendue d'eau. Mais il n'en est rien car en réalité vous êtes au bord d'un immonde marécage dans lequel vous pouvez voir flotter les restes d'un moribond putride.

    Vous ne rêvez pas: nous sommes à Orlando en Floride au début des années 80. Un adolescent nommé Charles "Evil Chuck" Schuldiner vit pleinement une passion pour le Heavy Metal comme beaucoup de jeunes de son âge. Il est en particulier obsédé par plusieurs groupes plus ou moins cultes: Kiss, Black Sabbath, Venom, Slayer, Metallica, Possessed, Coroner... Mais contrairement à tous les autres mômes de Floride, Chuck poussera sa passion à l'"extrême" et ce, dans tous les sens du terme. Il commence par se nourrir en tétant les mamelles du Thrash Metal qui régnait en maître absolu à l'époque. Mais Chuck souhaite aller encore plus loin dans la technique, la rapidité et l'agressivité. Alors, à l'aide de son premier groupe Manta puis, plus tard, aux commandes du légendaire groupe Death, Chuck va inventer une nouvelle façon de jouer des riffs de Metal et surtout une nouvelle façon de chanter cette musique. En effet, d'une part, il ose augmenter à la fois la vitesse et la lourdeur des riffs de Thrash et, d'autre part, il remplace ses vocaux aigus par un chant guttural extrêmement primitif, brutal et hermétique. Le Death Metal était né.

    C'est alors que commence le parcours exceptionnel de Chuck Schuldiner. Les trois premiers albums de Death servent à construire les principaux piliers du "Metal de la Mort". Le quatrième album (Human - 1991) fait avancer ce style en lui donnant des structures plus complexes empruntées au Metal Progressif. La suite, au cours de laquelle Chuck délaissera le Death Metal classique pour proposer quelque chose de beaucoup plus recherché, donnera trois chefs d'oeuvre successifs. Je vous propose ici de démontrer que le premier d'entre eux constitue l'oeuvre de Chuck Schuldiner la plus importante, la plus aboutie et surtout la plus essentielle.

    "Individual Thought Patterns" est avant tout la réunion autour de Chuck de trois musiciens d'exception. Chacun d'entre eux mérite au moins une brève présentation. Andy Larocque, guitariste du mythique King Diamond, est ici pour soutenir les parties rythmiques de Chuck mais surtout pour parsemer l'album de sublimes soli à relents néo-classiques évidents et sans lesquels l'album ne serait pas parvenu à ce niveau miraculeux de magie musicale. Gene Hoglan, ancien batteur de Dark Angel, joue ici le rôle du "Métronome de la Mort". Derrière son set géant de percussions, il agrémente l'album d'une partie rythmique époustouflante de brutalité, de vitesse et de maîtrise. Le batteur crée un véritable choc auditif sans précédent dans le monde du Metal. Mais l'homme de l'album est sans l'ombre d'un doute Steve DiGiorgio, bassiste du groupe culte Sadus. Ce dernier se révèle ici comme étant le maître incontesté de l'art du maniement de cet instrument à quatre cordes si injustement oublié dans le monde du Metal. A la manière d'un Cliff Burton, Steve se charge de redorer le blason de la basse. Il y parvient avec brio. En effet, l'ensemble de l'album est plongé dans son jeu de basse fretless omniprésent, ronflant, "slapant" qui va transporter l'auditeur du monde du Death Metal à celui du Free Jazz. Oui, comme l'avait fait Atheist dans son chef-d'oeuvre "Unquestionable Presence", Death ose l'impossible pari: celui de faire dériver le Metal de la mort vers les domaines reculées du royaume de Miles Davis.

    La présentation des protagonistes étant faite, passons au contenu de l'album. Jamais la puissance, l'audace et l'émotion n'auront fait meilleure réunion dans un disque de Metal. Il serait presque inutile de rappeler ici que le contenu intrinsèque est issu du cerveau de Chuck Schuldiner. C'est ce dernier qui a forgé le "squelette" de chaque titre présent sur l'opus. Cependant, Schuldiner a le mérite de laisser énormément de liberté à ses musiciens à l'instar d'un Frank Zappa pour le Rock ou d'un Miles Davis pour le Jazz. En effet, Chuck a certes composé une galette de Death Metal Technique mais c'était pour la plonger dans une marmite ayant pour principaux ingrédients: le Heavy Metal et le Jazz. Ceci est parfaitement illustré sur le dernier titre: The Philosopher. Il s'agit d'un titre purement Death Metal contenant cependant beaucoup de mélodie. Mais ce morceau contient en plus deux breaks complètement différents dans leur esprit. En effet, le premier est une promenade dans le bon vieux Heavy Metal des années 80 puisqu'une progression caractéristique de ce genre est utilisée pour supporter un solo merveilleusement anachronique de Schuldiner. Le deuxième break est une interminable improvisation à laquelle se livrent tous les musiciens; celle-ci possède une structure tout droit issue du Jazz. Notons le jeu de basse de DiGiorgio qui atteint ici une virtuosité vraiment impressionnante. Ces deux breaks peuvent donc servir d'allégorie à l'ensemble de l'album. Car, au fil des écoutes, on peut se rendre compte qu'il y a certes beaucoup de Death Metal mais que le dosage entre le Heavy Metal "old-school" et le Jazz frôle la perfection. Ainsi, on retrouvera en permanence un va-et-vient entre l'agressivité caractéristique du Death et un travail plus élaboré pouvant faire penser au Jazz et parfois même au classique.

    Puissance. Si la musique est très complexe dans cet opus, ce dernier reste néanmoins un disque de Death Metal. Vous y retrouverez les principales caractéristiques de ce genre à savoir les riffs ultra lourds et rapides, le chant guttural et la batterie apocalyptique typique des groupes florydiens de l'époque. Mais ces éléments ne sont pas utilisés de manière habituelle. Les musiciens font ici preuve de beaucoup d'audace.

    Audace. Tous les éléments classiques du Death sont utilisés ici différemment à commencer par le chant. Si celui-ci reste très brutal comme à l'accoutumé, il est très expressif et plein d'émotions. Chuck a une façon très particulière de chanter. C'est une voix écorchée qui paraît presque naturelle. Mais cela est aussi dû aux thèmes abordés auxquels nous reviendront plus tard. La batterie et la basse sont en symbiose parfaite. La première est ultra technique. La seconde a un volume poussé au "maximum" ce qui fait qu'on a la chance de bien écouter le travail de qualité qu'effectue Steve DiGiorgio. Mais la section rythmique dépasse les schémas du Metal et n'hésite pas à aller voir du côté du Jazz (Jealousy, Nothing is Everything, Mentally Blind). Il serait inutile de rappeler que la guitare est ici l'instrument roi. Schuldiner et Larocque sont des guitaristes exceptionnels et rares sont les groupes à avoir osé aller aussi loin dans le Metal de l'époque (Necrophagist en était à ses premiers balbutiements). La Guitare est ici absolument éblouissante. Elle est profondément enracinée dans le classique (Overactive Imagination, Trapped in a Corner, Destiny) ce qui donne un teinte très particulière à chacun des titres. La musique engendrée par ce quatuor de génie pourrait être comparée à un ensemble de chocs ayant lieu entre puissance typique du Metal, folie du Jazz et magnificence du classique. Tout ces chocs parviendront à faire exploser l'Émotion.

    Émotion. Chuck délaisse complètement les thèmes liés au Death Metal et préfère parler de la vie. Il se livre à une lutte impitoyable contre l'hypocrisie, les faux-semblants, le mensonge et autres aspects sombres et regrettables de la nature humaine. Parfois, on peut avoir l'impression d'avoir affaire à un misanthrope tellement Chuck s'exprime avec hargne. Mais il s'agit d'un misanthrope froidement lucide parvenant à des conclusions effrayantes et pourtant tellement vraies. De l'alliage entre la musique exceptionnelle et de ces réflexions sur la condition humaine se dégage une émotion qui deviendra la marque de fabrique de Death. Ineffable, je préfère vous laisser le soin de la découvrir car je pense qu'elle parlera d'une façon différente à chaque auditeur.

    Je sens que cette chronique pourrait devenir interminable. Je n'ai plus qu'une seule chose à vous dire. Jetez vous sans plus tarder sur ce monument du Metal et laissez vous envahir par l'âme envoûtante du regretté Chuck Schuldiner.

ImageCHRONIQUE PAR: ISMAEL EL ALAOUI


Tracklist

  1. "Overactive Imagination" – 3:28
  2. "In Human Form" – 3:55
  3. "Jealousy" – 3:39
  4. "Trapped in a Corner" – 4:11
  5. "Nothing Is Everything" – 3:16
  6. "Mentally Blind" – 4:45
  7. "Individual Thought Patterns" – 4:00
  8. "Destiny" – 4:04
  9. "Out of Touch" – 4:19
  10. "The Philosopher" – 4:10

Membres

- Chuck Schuldiner: lead, rhythm guitar, vocals

- Andy Larocque: lead, rhythm guitar

- Steve DiGiorgio: fretless bass

- Gene Hoglan: drums, percussions


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